Santé mentale au travail : comment intégrer le dispositif des premiers secours en santé mentale dans sa prévention primaire

Aujourd’hui, la santé mentale est devenue un enjeu incontournable pour la performance et la durabilité de nos organisations. Les chiffres récents sont sans appel : En France, 47 % des salariés se disent en détresse psychologique dont 14 % à un niveau élevé, selon le baromètre « Etat de santé psychologique des salarié·e·s français·e·s » publié le 25 novembre (Ipsos-BVA pour le cabinet de conseils Empreinte Humaine, spécialiste de la qualité de Vie au travail et de la prévention des risques psychosociaux).

Ces chiffres sont, dans certains secteurs comme celui de l’agriculture par exemple,  encore plus importants. Les difficultés économiques, une charge de travail importante et des situations d’isolement sont autant de situations quotidiennes susceptibles de peser sur le moral et le bien-être des exploitants agricoles (77% des agriculteurs estiment que leur travail dégrade leur santé, 87 % ont le sentiment que les difficultés du travail impactent leur moral – source MSA juin 2025)

Derrière ce pourcentage se cache une réalité silencieuse : de nombreux collaborateurs continuent de travailler au quotidien, tout en traversant des périodes de grande difficulté.
 
Face à ce constat, le déploiement des Premiers Secours en Santé Mentale (PSSM) en entreprise constitue un formidable filet de sécurité.
 
Grâce à une méthodologie structurée (comme le plan d’action français AÉRER), ce dispositif forme des collaborateurs volontaires, des managers et des RH à repérer les signaux d’alerte et à orienter rapidement vers les professionnels compétents. 
 
Cet article permet d’explorez les pistes concrètes pour intégrer efficacement la prévention autour de la santé mentale au travail à votre démarche globale de prévention.
 
Photo d’illustration : Tara Winstead

Les points clés du dispositif

  • La méthode AÉRER : un plan d’action en cinq étapes (Aller vers, Écouter, Réconforter, Encourager l’aide professionnelle, Renseigner sur les autres soutiens).
  • La structuration d’un réseau : une complémentarité entre managers, services RH et pairs volontaires pour garantir la confidentialité et la proximité.
  • Le pilotage par indicateurs : un suivi basé sur la visibilité du réseau et la rapidité de l’orientation plutôt que sur de simples données d’absentéisme.
  • L’efficacité prouvée : des études de cas démontrent qu’un déploiement structuré peut réduire le délai d’orientation vers un professionnel de trois semaines à quatre jours.

L'urgence d'agir en entreprise

La santé mentale au travail ne relève plus de la simple bienveillance, mais d’une préparation organisationnelle rigoureuse. Les constats sur le terrain soulignent une déconnexion entre l’intention et la capacité d’action :

    • Détresse invisible : Une personne en difficulté peut maintenir une performance apparente (réunions, courriels) tout en étant en souffrance profonde.
    • Déficit de préparation : Une organisation sur deux ne sait pas comment réagir face à une crise de santé mentale.
    • Limite de la bienveillance : L’écoute empathique est nécessaire mais insuffisante sans repères techniques pour agir et passer le relais. Le temps perdu à identifier le bon interlocuteur aggrave souvent les situations.

Il est crucial de distinguer le secourisme de la pratique clinique. Le secouriste en santé mentale n’est ni médecin, ni psychologue.

Le rôle du secouriste en santé mentale : définition et limites

Un diagnostic de maladie mentale → La reconnaissance des signes préoccupants
Un remplacement du médecin du travail → L'engagement d'une conversation de soutien
Une thérapie ou un soin de long terme → L'orientation vers les ressources adaptées
Une évaluation de la performance → Une première aide immédiate et structurée

Le plan d'action AÉRER

Le protocole français, nommé AÉRER, définit la posture du secouriste à travers cinq gestes fondamentaux :

  1. Aller vers la personne : Repérer l’urgence et proposer un échange calme. L’invitation doit être basée sur des faits observés (ex: « Tu m’as dit que tu étais épuisé »).
  2. Écouter sans jugement : Appliquer les bases de la communication non-violente. L’objectif est l’écoute active, sans chercher à rassurer prématurément ou à imposer une solution.
  3. Réconforter et informer : Expliquer que des aides existent et clarifier le rôle des différents interlocuteurs sans promettre de résolution immédiate de tous les problèmes.
  4. Encourager l’aide professionnelle : Orienter vers le médecin traitant, le service de prévention ou un psychologue. Le secouriste peut accompagner la démarche (aider à trouver les coordonnées, être présent lors du premier contact).
  5. Renseigner sur les autres soutiens : Mobiliser le réseau personnel (proches) ou associatif pour multiplier les points d’appui.

Le maillage du réseau de prévention

L’efficacité du dispositif repose sur la diversité des profils formés au sein de l’entreprise pour garantir que chaque salarié trouve un interlocuteur de confiance.

  • Managers de proximité : Observateurs privilégiés des changements d’attitude, ils peuvent agir sur l’organisation du travail (priorités, charge). Cependant, le lien hiérarchique peut freiner les confidences.
  • RH et Acteurs de prévention : Ils assurent la cohérence du réseau, clarifient les procédures et connaissent parfaitement les ressources de l’entreprise.
  • Pairs volontaires : Offrent une alternative hors hiérarchie, souvent perçue comme plus sécurisante pour les salariés craignant des répercussions sur leur carrière.

Critères de sélection des volontaires : Envie, capacité d’écoute, discrétion absolue, disponibilité et capacité à passer le relais.

Suivi de l'impact et indicateurs de performance du dispositif de prévention

L'analyse ne doit pas se limiter à l'absentéisme, qui est un indicateur de contexte global et non une mesure directe de l'efficacité du secourisme. Voici d'autres indicateurs à intégrer dans son analyse :

Taux de sollicitation Qualité de l'orientation Perception des salariés Délai d'intervention

Agir sur les symptômes... mais surtout traiter la cause à la racine

Le déploiement des premiers secours en santé mentale est une responsabilité partagée qui nécessite un engagement réaliste. Le dispositif ne “guérit” pas, mais il assure qu’aucun salarié ne reste isolé face à une détresse psychologique. La réussite repose sur 4 piliers :

  1. Identification claire des secouristes.
  2. Définition claire de leur rôle
  3. Disponibilité effective des personnes formées.
  4. Maîtrise du passage de relais vers les professionnels de santé.
Chez Klea Conseil, notre approche de la QVCT (Qualité de Vie et Conditions de Travail) repose sur une conviction profonde : si la création d’un réseau d’écoute individuel est indispensable, elle ne doit pas faire oublier la nécessité d’agir à la source. C’est tout le rôle de la prévention primaire.
 
Former des secouristes permet de soutenir l’humain en difficulté. Cependant, lorsque cette souffrance est générée par des dysfonctionnements organisationnels, tels qu’une charge de travail excessive, un manque de moyens ou des priorités floues , c’est sur l’organisation même du travail qu’il faut intervenir.
 
La démarche QVCT  permet de construire et consolider une culture de prévention solide, pérenne et intégrée à la stratégie de l’entreprise.
 
 
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